Le cerveau transhumaniste

  • Consignes de départ ou plutôt l’absence de consignes !

A la fin de la troisième année de sculpture à l’académie de Tournai, ma professeur Nathalie Vanlieppevelde m’a juste demandé de faire un travail sur un sujet qui m’intéressait.

Il n’y avait donc aucune contrainte de sujet, de technique ou de matériau. Peut-être devais-je me raccrocher au sujet général commun à tous les élèves de l’académie en sculpture … tutoyer de près ou de loin l’homme ? Mais cela restait très vague.

J’ai donc choisi d’approfondir le transhumanisme.

  • Origine de mon intérêt pour le transhumanisme

L’avenir m’a toujours intéressé. Les développements techniques ont toujours suscité ma curiosité. C’est en lisant les livres de Laurent Alexandre que j’ai vraiment flashé pour le transhumaniste. Sans être un adepte, j’en accepte le diagnostic.

« L’homme qui vivra mille ans est déjà né » ( Guigro – octobre 2014) ou le livre qui parle de  «  la mort de la mort » ( livre de Laurent Alexandre ) ou encore « l’homme de l’an 2000 vivra deux fois plus longtemps que ses parents » ( Laurent Alexandre )  sont des phrases choc avancées par le courant transhumaniste. 

Ces phrases percutantes se vérifieront-elles ? L’immortalité, est-ce un bien ou un mal pour l’homme ? Quelles seraient les conséquences qu’un tel projet aurait sur l’homme ?

De nouvelles prothèses cérébrales (œil bionique, prothèses auditives, membres reconnectés au cerveau, prothèse pour restaurer la mémoire …etc.) sont essayées chaque jour avec succès. L’informatique combinée à la biologie ou les biotechnologies  n’arrêtent pas de faire des progrès dans ce domaine.

D’autres individus pensent améliorer les performances de l’homme en connectant directement son cerveau à la pleine puissance des ordinateurs et du web.

Les algorithmes de l’intelligence artificielle se montrent aujourd’hui bien plus performants que les humains dans certains domaines. En raccordant ces nouveaux outils directement à l’homme, nous pouvons augmenter nos capacités.

Même la transmission de pensée pourrait être possible à terme.

Le sujet est vaste et la réflexion sur ces sujets est loin d’être finie. C’est dans ce vaste domaine que je souhaite vous entraîner pour mon travail de sculpture.

  • Un premier tâtonnement

Le sujet du transhumanisme est si vaste qu’il est difficile à appréhender

Toutefois, dans une phase exploratoire, j’ai réalisé le travail ci-après qui représente trois organes humains vitaux ( le cerceau, le cœur et les reins). Ces organes sont reliés par des fils électriques prélude en quelque sorte au mélange de l’homme et de la machine.

Il s’agit vraiment d’un travail très instinctif, non raisonné. Les matériaux sont simples ; du bois et de la terre de récupération, un modelage brut, des proportions non respectées.

Le travail a été réalisé en moins de deux heures.

Je n’ai d’autres explications que d’admettre que nous renfermons en nous des informations et des images qui a un moment donné s’associent et se combinent pour exprimer note for intérieur.

La plastination de Gunther Von Hagens m’est apparue après réalisation comme étant une source d’inspiration ( voir Plastination )

  • Le travail proprement dit

Mon intention était de réaliser un cerveau au moyen d’éléments électroniques (capacités, résistances, diodes, interrupteurs, transistors, boutons poussoirs, fusibles, variateurs… etc.) soudés entre eux à l’étain.

Cet ensemble symbolise la mutation de l’être humain vers ce que pourrait être le transhumanisme, l’homme devient machine.

Fer à souder :

Les fils de soudure à l’étain allaient de 0,8 mm à 1,5mm suivant la grosseur des pièces.

Les éléments mis en œuvre ont été trouvés sur eBay. Il s’agit de fin de série. J’ai racheté deux lots valant une dizaine d’euros chacun. (+ / – 1200 pièces mises en œuvre). Voir ici.

Le travail a été commencé vers Pâques 2021 lorsque l’académie était fermée pour cause de confinement (COVID). Il a donc été entamé seul.

  • Mise œuvre

La partie supérieure a d’abord été réalisée en terre. Les composants électroniques ont été soudés entre eux pour former une espèce de fils qui a été ensuite placé sur la terre pour adopter la forme ainsi réalisée. Les éléments les plus profonds (condensateurs par exemple) ont été mis en place de telle manière qu’ils ne dépassent pas la terre. Pour ce faire un trou a été creusé dans le modèle de départ. La partie inférieure a été ensuite réalisée sur la partie supérieure qui elle, était retournée. Le bulbe rachidien a été symbolisé par un morceau de branche contenant une excroissance en boule sorte de tumeur ligneuse qui crée un nœud

La photo illustre la deuxième partie du travail à savoir que la calotte supérieure est retournée après avoir été débarrassée de ses composants et que la calotte inférieure en terre supporte la mise en place des composants inférieurs tout en faisant place au bulbe rachidien.

Avant d’être assemblées entre elles, les deux calottes ont été renforcées à l’intérieur par des rangées de composants. Force est de constater que la forme initiale s’est déformée, car la structure est souple.

Cette photo montre l’assemblage des deux parties entre elles.

  • Ce qui pourrait être amélioré

Comme expliqué ci-devant, le « démoulage » des parties inférieure et supérieure a modifié la structure finale de l’objet, car les composants électroniques sont souples et le renforcement intérieur est partiel.

Il eut été préférable, peut-être, de travailler sur un moule négatif (en plâtre p.ex.) du cerveau. Cela aurait permis de renforcer les calottes avant « démoulage » et de garder la pièce plus proche du moule de départ.

La forme du cerveau n’apparaît pas clairement au premier coup d’œil et engendre des interprétations diverses.

  • Un but non atteint

Au départ, le bulbe rachidien symbolisé par la branche à l’excroissance ligneuse devait être intégré au travail des composants de manière a symboliser le lien entre le vivant et l’inerte. Ce mariage s’est avéré inapproprié et n’a pas été mis en place.

Ce point pourrait être résumé de la manière suivante :

Le travail de tâtonnement couplé au travail sur le cerveau transhumanisme est peut-être une piste à suivre pour mêler le vivant et sa prothèse.

  • Dernière influence intéressante.

Ce n’est qu’après coup qu’il m’est apparu qu’il y avait une certaine analogie avec le travail de Freddy Tsimba qui utilise des matériaux de récupération pour réaliser un travail monumental.

Je résume cette influence, non consciente au départ comme suit :

Des petits éléments mis ensemble peuvent donner un travail conséquent.

Les matériaux de récupération offrent une dimension supplémentaire au travail final.