Les frasques de Monsieur le marquis de Matoucha étaient revenues aux oreilles du roi.
Celui-ci convoqua le chat botté.
Il paraît que ton maître refuse la main de ma fille, dit le roi. Est-ce exact ?
Sire, j’ai l’honneur, la joie et le plaisir de vous dire que c’est exact.
Le roi resta interloqué …..comment un outrecuidant pouvait-il refuser la main de sa fille ? Comment un homme, fut-il marquis pouvait refuser un royaume, son royaume.
Le roi convoqua son conseil.
Celui-ci était composé de lavettes, de lèche bottes et de faux culs comme c’est pas possible. Tous répondirent que Monsieur le marquis de Matoucha devait être pendu court et haut……dirent-ils pour être sûr que mort s’en suive. Ils discutèrent même sur la qualité de la corde à utiliser.
Certes, le roi désirait une sanction…..mais les propos du conseil ne l’aidait guère.
Pendant tout ce temps, le chat botté patientait dans le couloir du palais …comment tout bon chat, il dormait en comptant les souris.
Dans ce royaume surréaliste , seul le Fou du roi avait toute sa tête ..Il ne devait du reste qu’à son humour de l’avoir conservée.
Et toi, mon Fou que penses-tu de la situation?
Sire, vous me payez pour vous faire rire mais aussi pour vous faire pleurer. Monsieur le marquis de Matoucha a donné son cœur et a reçu un cœur en échange, il ne peut épouser votre fille. Ainsi, s’exprima le Fou.
Mais un royaume contre un cœur , il n’y a pas photo répondit le roi. Cet homme doit épouser ma fille.
Détrompez-vous, Sire, cet homme est sage et cet homme refusera l’échange. Il préfèrera mourir plutôt que d’épouser votre fille. Il n’échangera jamais son cœur contre votre royaume.
Cette foiś le roi était abasourdi et si nous n’étions pas à la cour on dirait, le roi est sur le cul….mais cette expression n’avait cours que sous le manteau des courtisans.
Le roi se disait que pour éviter le scandale, il devrait exécuter le Fou, le chat botté et Monsieur le marquis de Matoucha ….ça commençait à faire beaucoup.
Le roi se retira dans son palais et se mît à méditer.
La méditation du roi dura plusieurs jours. Pendant ce temps, le chat botté dormait en comptant les souris et dînait puisqu’il dormait. Le Fou n’en menait pas large et se demandait quelle folie l’avait piqué d’oser dire ce qu’il pensait au roi. Les courtisans n’en finissaient pas d’affiner le modus operandi pour pendre, éliminer, trucider cet impudent Monsieur le marquis de Matoucha. Certains allaient même jusqu’à dire que si ce Monsieur le marquis de Matoucha n’épousait pas la fille du roi, les enfants à naître dans le royaume perdraient tous points de repaire …un conte digne de ce nom se termine toujours de la même façon….et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Monsieur le marquis de Matoucha devait mourir, il n’y avait pas d’autre issue.
Le roi médita longtemps. Il négligeait les affaires du royaume tant la situation lui paraissait surréaliste. Seul un royaume surréaliste pouvait se permettre une telle gouvernance !!!!
Le roi finit par se dire qu’un homme qui préférait s’occuper du cœur qu’il avait reçu en échange de son cœur ne pouvait être que son ami. Un homme qui préfère être plutôt qu’avoir devait posseder une infinie sagesse. Le roi avait compris la leçon.
Le roi réveilla doucement le chat botté qui n’en finissait pas de compter les souris …des souris qui n’en finissaient pas de danser dans sa tête en jouant à saut de souris. Le chat botté se réveilla enfin et les souris arrêtèrent de danser.
Chat botté retourne chez ton maître Monsieur le marquis de Matoucha et demande lui s’il veut être mon ami.
C’est ainsi que naquit le royaume du cœur. Un royaume d’une richesse infinie et d’une étendue immense. Chaque jour est différent du précédent ; chaque jour, il faut réinventer l’amour; chaque jour, il y a un cœur à réconforter; chaque jour, il faut dire au petit cœur que l’on a en charge des mots doux, des mots tendres et des je t’aime. …..chaque jour …..chaque jour ….chaque jour.
Pour ma petite chatte chérie qui berce mon cœur chaque jour et chaque nuit.
Monsieur le marquis de Matoucha.